Hydratation

Laisse-t-on des patients mourir de soif en soins palliatifs ?
G
lossaire
Dernière mise à jour : 10/30/2025
Bien évidemment, on ne laisse pas des patients mourir de soif.
CSP, art. L. 1110-5-1
Distinction soin/traitement : le Conseil d’Etat en 2014 (à l’occasion de l’affaire V. Lambert) a posé la distinction entre soin et traitement sur la question de l’hydratation et de la nutrition :
- les soins seront poursuivis médicalement sur toute personne jusqu’à sa mort,
- les traitements (curatifs) de la pathologie principale dont est atteinte la personne mourante seront arrêtés s’ils confinent à l’obstination déraisonnable.
La nutrition et l'hydratation artificielles (par sonde ou voie veineuse) constituent des traitements (de maintien en vie) et peuvent donc être arrêtés au titre du refus de l'obstination déraisonnable.
Cette distinction soin/traitement se retrouve dans la loi Claeys-Leonetti de 2016.
Art. L. 1110-5-1 CSP :
- Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire.
- La nutrition et l'hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article.
- Lorsque les actes mentionnés aux deux premiers alinéas du présent article sont suspendus ou ne sont pas entrepris, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins palliatifs mentionnés à l'article L. 1110-10.
L’hydratation doit être distinguée de la sensation de soif (qui peut être soulagée par des soins de bouche).
L’hydratation est artificielle, la personne ne peut plus boire.
Quels sont les besoins de son corps ? Si elle est mourante, une hydratation forcée peut occasionner des souffrances. Le corps est en train de mourir de la maladie (ou de la vieillesse), il ne meurt pas de « soif ».
Les personnes âgées ont moins soif, naturellement (on les incite à boire en période de canicule).
La déshydratation peut avoir certains effets bénéfiques pour le confort du patient, alors que l’hydratation n’améliore pas la sensation de soif en fin de vie (SFAP).
Sur l'hydratation, les principaux risques en fin de vie sont : encombrement pulmonaire, oedèmes, vomissements.
Une petite hydratation peut être maintenue sans risques, mais qui rassure les familles.
L’association ADMD a diffusé en 2022 auprès des députés un jeu de cartes militant pour « jouer » à un « vrai/faux » sur la fin de vie. Militant et fortement erroné, le « jeu » vise manifestement à disqualifier les soins palliatifs. Chaque carte mériterait d’être corrigée et reprise scientifiquement, mais l’une d’entre elles appelle plus particulièrement une réaction, celle alléguant que les soignants de soins palliatifs font mourir de soif (et/ou de faim) les patients.
Maintenir la nutrition (artificielle) pour un sujet en fin de vie peut occasionner des complications pulmonaires. Les besoins du corps d’une personne en fin de vie ne sont pas à comparer avec les « sensations » d’une personne bien portante. Le corps est en train de mourir, les « sensations » (soif ou faim) ne sont pas toujours apaisées par l’hydratation ni la nutrition (artificielles).
La SFAP précise à juste titre :
- « En phase terminale, ce n'est pas parce qu'un patient ne mange pas qu'il va mourir,
- C’est parce qu'il va mourir qu'il ne mange pas ».
Documentation
Loi « Claeys-Leonetti » n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie
CE, Ass., 24 juin 2014, Mme Lambert, n° 375081, 375090
SFAP : mourir de faim et de soif...
Fr. Vialla
- Incertitudes autour de l'arrêt de traitement (RDS, 01/05/2017, n°77, p. 409-413)
- Arrêt de traitement - premières applications de la loi du 2 février 2016 (RDS 2017, n°75, p. 88)
Finucane TE, Christmas C, Travis K Tube feeding in patients with advanced dementia. A review of the evidence JAMA 1999; 282: 1365-70.
Gillick MR Rethinking the role of tube feeding in patients with advanced dementia N Engl J Med 2000 ; 342:206-10.
Stratégie de prise en charge en matière de dénutrition protéino-énergétique chez le sujet âgé. Recommandations Professionnelles HAS 2007.
Casaret D, Kapo MD, Caplan A. Appropriate use of artificial nutrition and hydration – Fundamental principles and recommandations. N Engl J Med 2005 ; 354 (12): 2607-12.
Dunphy K, Finlay I, Rathbone G, Gilbert J Rehydration in palliative and terminal care: if not- why not? Palliative Medecine 1995 ; 9:221-228 .
