Vulnérabilités

Quelle place la mort provoquée accorde-t-elle aux personnes vulnérables ?
G
lossaire
Dernière mise à jour : 11/28/2025
Vulnérabilité : qui peut être blessé / vivant sensible
Fragilité qui se brise facilement / vivant blessé
Faiblesse : qui manque de puissance, de valeur / vivant brisé
Dans l’idéal il faudrait intervenir dès la vulnérabilité
Derrière le terme vulnérabilité
Seront ici abordées des questions relatives à :
- La précarité financière
- La vieillesse
- Le handicap
Pr L. Herx (Québec, 2022) :
- « Seulement de 30 % à 50 % des Canadiens qui ont besoin de soins palliatifs ont accès à des soins de qualité inconnue et très peu, soit seulement 15 %, ont accès à des soins palliatifs spécialisés pour traiter des problèmes plus complexes. Il y a des disparités considérables dans l’accès aux soins palliatifs à travers le pays, surtout dans les régions rurales et éloignées où les soins palliatifs sont parfois carrément inexistants. Votre lieu de résidence, votre âge, la maladie qui causera votre mort et le temps qu’il vous reste à vivre sont des facteurs qui détermineront si vous recevrez les soins palliatifs dont vous avez besoin. Il est également moins probable que vous receviez des soins palliatifs si vous êtes pauvre, autochtone, sans abri ou incarcéré ».
En 2024, plus d'un tiers des Canadiens ayant subi une euthanasie déclarent que leur décision est motivée par le sentiment d'être un fardeau pour leur famille, leurs amis ou leurs aidants (4, 1% des décès au Canada sont dus à la mort provoquée).
1- Précarité financière
Au Canada (où le système de sécurité sociale est moins présent) on assiste à une incitation à recourir à l’euthanasie pour les personnes en situation de précarité financière (Herald tribune, 12 nov. 2024).
La précarité sociale et d’accompagnement des malades devient une cause de demande de fin de vie pour des malades qui ne parviennent plus à gérer l’aide dont ils ont besoin. Situation inadmissible qui montre que le critère de précarité (réalité au Canada) est à nos portes.
« Il y a six mois [en 2023], un homme d’une cinquantaine d’années, atteint de la maladie de Charcot, a demandé et obtenu d’être mis sous sédation et débranché. Il n’en pouvait plus de vivre dans la précarité aléatoire de sa situation en raison des difficultés continuelles, depuis des années, pour recruter des professionnels stables et fiables. Dans ces conditions stressantes et démoralisantes, la vie n’avait plus de sens, surtout si c’est au détriment de l’être aimé. De facto, c’est sur lui ou sur elle que retombe la charge de combler les absences et les manquements générés par une épidémie de professionnalisme délétère. » (Marcel Nuss).
En Belgique : septembre 2023 : demandes euthanasiques de personnes ne pouvant plus faire face à leurs dépenses de santé (les budgets alloués par l'Agence flamande pour les personnes handicapées (VAPH) étant indiqués comme insuffisants ou trop tardifs) atteintes du syndrome d’Ehlers Danloss (maladie dégénérative du tissu conjonctif entraînant des douleurs intenses et une dégradation des muscles). Apparaissent ainsi les euthanasies économiques ou de précarité, à l’instar du Canada.
En France : en 2025 le CNSPFV doit éditer un guide de la précarité et des soins palliatifs (source : Dr O. Mermet, conf. Devant la Corpalif sept. 2024, bilan du plan SP 2021/2024).
"Les douleurs insupportables et les contraintes financières des familles de patients gravement malades les ont poussées à demander l’euthanasie dans les établissements de santé." (Etude d’universitaires ghanéens).
2- Vieillesse/Polypathologies
A défaut d’être en phase terminale d’une maladie, le demandeur peut faire état de polypathologies (plusieurs maladies non mortelles : arthrose, DMLA, surdité, …). Il ne s’agit donc pas d’une phase terminale d’une maladie mortelle.
En réalité, médicalement, quand on parle d’une personne polypathologique, cela désigne la vieillesse. La pente glissante est alors de considérer que les personnes âgées sont éligibles à l’euthanasie presque automatiquement. C’est retrouver l’esprit de la « vie accomplie » à partir de 75 ans envisagé aux Pays-Bas. Pour autant, il n’est pas accepté d’invoquer une fatigue de vie en Belgique.
Le vieillissement de la population est une préoccupation de santé majeure à plus d’un titre. L’une des inquiétudes porte sur la fin de vie en Ehpad. Transporter l’euthanasie dans les Ehpad fait, d’une certaine façon, penser à faire entrer le loup dans la bergerie.
Erwan Le Morhedec dénonçait dans une tribune les propos d’un journaliste (Thomas Mistrachi) : A compter de 75 ans, "il n'y a plus rien à construire". On est dans cette période où "la société n'a plus besoin de vous", état d’esprit ouvrant la porte à l’eugénisme.
Les personnes âgées sont, par principe, plus proches de la mort, mais si elles sont en Ehpad c’est pour des raisons de vulnérabilité : solitude et incapacité à rester seul chez soi, ou altération des facultés mentales, ou altération des facultés physiques, ou précarité…
Proposer ou envisager une mort provoquée pour une personne dans ces conditions reflète une initiative essentiellement extérieure à l’individu et difficilement conciliable avec le respect d’un consentement libre et éclairé. Pressions ou incitations sont possibles si la personne est à peu près lucide, décision prise par un tiers (proche, héritier, représentant légal, soignant, administratif…) si la personne n’a plus de lucidité…
B. Py : En France, les acteurs professionnels de la prise en charge, comme les proches et l’entourage ont parfois des difficultés à se repérer au milieu des concepts juridiques tels que les régimes de protection des majeurs (sauvegarde de justice, curatelle, tutelle), les actes juridiques d’anticipation (mandat de protection future, habilitation familiale, directives anticipées) et les notions pénales de vulnérabilité (danger et péril). La célèbre affaire Vincent Lambert a montré les interminables combats juridiques et judiciaires qui peuvent survenir autour d’un patient dont la famille se déchire.
Quant à la pandémie de COVID19, elle a mis en lumière deux aspects singuliers de la vie des personnes âgées: d’une part la question des visites et d’autre part celle des vaccins. Où finit l’autonomie, où commence l’infantilisation? La sécurité prime-t-elle sur la liberté?
Avec la loi bien vieillir (8 avril 2024), est institué un droit absolu de recevoir une visite quotidienne est reconnu aux personnes en fin de vie ou en soins palliatifs, même en cas de crise sanitaire.
Les anglais demandent des garanties pour la protection des personnes âgées avant d’envisager la mort provoquée (BGS nov. 2024).
3- Handicap
Le Collège des médecins au Québec réclame désormais l’euthanasie pour tous les handicaps lourds. L’extension aux demandes anticipées ne pourra qu’accentuer ces évolutions qui rattrapent en réalité des approches eugénistes pourtant condamnées.
Etude Cambridge 2023 (sur des cas néerlandais)
Une étude de l’Université de Cambridge publiée en 2023 fait état d’une inquiétante augmentation des euthanasies pratiquées sur des personnes présentant des défaillances intellectuelles ou autistes.
Par ailleurs, le nombre d’euthanasie a progressé pour atteindre 60 000 cas entre 2012 et 2021.
Quand une personne présentant des défaillances intellectuelles est euthanasiée, la question du consentement libre et éclairé se pose de façon grave.
L’étude conclut :
- L'examen du soutien sociétal à la souffrance associée au handicap permanent et les débats autour de l'acceptabilité de ces facteurs comme raisons d'accorder l'EAS (euthanasie et suicide médicalement assisté) sont d'une importance internationale.
Documentation
Exploration des perspectives de fin de vie au sein des populations structurellement vulnérables : une étude qualitative par groupes de discussion Anouk Bérubé, Sophie Dupéré et Ariane Plaisance (27 nov. 2025)
Les personnes vulnérables face à la fin de vie (Colloque, Université d’Orléans, 6 avr. 2023) (avec les interventions de T.-M. Camus, A. Cheynet de Beaupré et N. Dubost)
Vulnérabilités et approche relationnelle de l'autonomie (Colloque IRDA, 13 déc. 2023)
Canada : poids social
Caron- Deglise : Approche juridique des situations de vulnérabilité juin 2024 video CDES
Précarité :
- Régression : l’Humanité
- « Euthanasie : un progrès social ? » I. Marin et S. Piazza
- Précarité sociale
Belgique : précarité et témoignage
- Herald tribune 12nov. 2024
- Hadiru Iddris Mumuni, Merri Iddrisu , Luke Laari , Gladys Dzansi , Lydia Aziato (26. Nov. 2024, BMC nurs.)
- Navigating end-of-life care dilemmas: a qualitative inquiry of nurses' and midwives' knowledge of euthanasia and circumstantial factors influencing euthanasia in a resource-constraint setting
Handicap :
- Cambridge University Press : Tuffrey-Wijne, I., Curfs, L., Hollins, S., & Finlay, I. (2023). Euthanasia and physician-assisted suicide in people with intellectual disabilities and/or autism spectrum disorders: Investigation of 39 Dutch case reports (2012–2021). BJPsych Open, 9(3), E87. doi:10.1192/bjo.2023.69
- Québec handicaps lourds
- L. Herx
- C. Fourcade
SLA :
- O. Goy
- M. Carrère d’Encausse
- Collège des médecins du Québec :
- AQDMD
Vieillesse :
- La fin de vie et le droit (Eres, Ph. Pitaud) : Vivre vieux, mourir vivant, J.-B. Thierry ((2013, p. 49)
- B. Dormont : Pas de « mort digne » sans une loi grand âge ! https://www.alternatives-economiques.fr/brigitte-dormont/de-mort-digne-une-loi-grand-age/00109595
- Vieillir chez soi de l’Antiquité au XXIe siècle - Regards sur le maintien à domicile des personnes âgées en perte d’autonomie (Colloque Ceprisca, Université Jules Vernes Picardie, juin 2022)
Ezekiel J. Emmanuel : Vieillir : à partir de quand la vie ne vaut plus la peine d’être vécue ? (Books n° 102, novembre 2019).
Erwan Le Morhedec : Quand un journaliste promeut le suicide des personnes âgées… et ouvre la porte à l’eugénisme », Tribune, Le Figaro du 9 février 2024, p. 18
Université de Laval : Protection juridique des aînés
B. Py : conférence 27 sept. 2024
Solitude : (18 oct. 2024)
