Suicide (prévention)

La fin de vie est-elle conciliable avec la prévention du suicide ?
G
lossaire
Dernière mise à jour : 12/4/2025
Programmes : Vigilan’s, Formations crise suicidaire, 3114 (numéro national prévention suicide), Papageno, Actions de sensibilisation Grand public.
Paradoxe :
L’État lutte contre le suicide. Aucune Société n’est favorable à la disparition d’un de ses citoyens « opérationnel », pour les « non opérationnels », des choix politiques divers (et nécessairement discutables) apparaîtront. On pensera notamment à J.-P. Sartre (Les mains sales) : « non récupérable »…
Comment l’Etat peut-il expliquer une apparente « schizophrénie » qui le conduit à une véritable lutte contre le suicide des individus (politique active du Ministère de la santé, bilans réguliers, chiffrages des décès par suicide, enthousiasme face aux baisses statistiques, campagnes de prévention auprès des jeunes, référentiels privilégié sur les moteurs de recherche lorsque l’on tape « mourir » ou « suicide » : les sites officiels (SOS suicide…) sont premiers pour la prévention… Les autorités entendent, notamment, bloquer un possible « effet Werther ».
Le phénomène se retrouve en Suisse, connue pour son accueil de l’assistance au suicide, sur la page proposant les définitions de « l’assistance au décès », l’office fédéral de la Justice commence par l’encadré suivant :
- « L’Office fédéral de la justice est uniquement compétent pour les questions législatives et notamment pénales en matière d’assistance au suicide. Si vous avez des pensées suicidaires ou connaissez quelqu’un qui a besoin d’aide, contactez la Main tendue (en composant le numéro 143 ou sur www.143.ch ou le 147 (www.147.ch)) pour les enfants et les jeunes. Ces offres sont anonymes et gratuites. »
(on notera une fois de plus que le suicide des jeunes constitue la préoccupation principale, le suicide des vieux semble moins préoccupant…)
PPL 661 (2025)
La question de la prévention du suicide n'est absolument pas abordée par le texte. Plus encore, le proejt d'un "délit d'entrave à l'aide à mourir" (art. 17 de la PPL) risque d'empêcher les soignants (en soins palliatifs ou les psychiatres) comme les proches de tenter de dissuader une démarche suicidaire qui n'est souvent que passagère (dépression) ou un appel au secours.
En même temps, le législateur -puis donc l’Etat- encouragerait le suicide assisté ? Comment le justifier ? pourquoi un suicide et pas un autre ? Questions d’âge, d’état de santé, de handicap, de précarité, d’inadaptation à la Société, de dépression… ?
Les maladies mentales constituent un point de bascule dangereux. Le plus souvent guérissables, il s’agit de véritables souffrances qui expriment un mal être de la vie et, par conséquent, un souhait de mort. Accueillir le suicide assisté légalisé ou l’euthanasie, c’est impliquer un « droit » de mourir à tous les dépressifs, en logique de refus ou d’arrêt de soins.
Maladies mentales, psychiatrie et suicide :
E. Hirsch juill. 2023 devant l’Assemblée nationale :« Approches du suicide en psychiatrie. Les équipes du Groupe ORPEA proposent soins et accompagnement à nos concitoyens dans 356 établissements en France (cliniques, SSR, EHPAD).
Constats
Les maladies mentales sont souvent réversibles et il est possible de proposer des traitements et des soutiens adéquats pour soulager la souffrance et améliorer la qualité de vie des personnes concernées. La dépression, l'anxiété et d'autres troubles mentaux peuvent altérer le jugement et la capacité de prise de décision des individus, et ces problèmes de santé mentale peuvent être traités efficacement. Les demandes d’assistance médicalisée pour mourir dans le contexte de la psychiatrie sont complexes, car il y a de nombreuses différences dans les caractéristiques des maladies et de leur vécu par la personne et dans leurs motivations pour demander la mort. Nombre de personnes atteintes de maladies psychiatriques présentent une tendance au suicide qui pourrait les amener à chercher une issue dans l'euthanasie, même si leur maladie est traitable, voire guérissable en recourant aux moyens appropriés. Si l’impératif d’autonomie est un principe éthique incontestable en tant que tel, en certaines circonstances il peut s’avérer inadapté à une personne dépendante, atteinte de troubles psychiatriques ou cognitifs, de surcroit en bien des cas en situation de grande précarité sociale. Proposer une solution irrémédiable comme le suicide peut ne pas être le meilleur choix, voire un non-choix, pour une douleur psychique et une souffrance mal comprises. Un non-choix qui met à mal le soignant en psychiatrie dont la mission est de tout faire pour prévenir le risque suicidaire et d’éviter le passage à l’acte. (…) »
Santé mentale :
Existe une discordance entre promotion de la santé mentale et de l’euthanasie. Le Premier ministre a déclaré vouloir faire de la santé mentale une priorité nationale. Parallèlement, un projet de loi sur l'euthanasie et le suicide assisté doit être débattu à l'Assemblée nationale.
D'un point de vue du psychiatre que je suis, il existe une discordance évidente entre l'idée de promouvoir la santé mentale tout en envisageant le suicide assisté ou l'euthanasie, ce qui est difficile à concilier avec la prévention du suicide (10 000 décès par suicides/an et 20 fois plus de tentatives de suicide en France) et la protection des personnes vulnérables, notamment les patients psychiatriques. En effet, dans les pays ayant légiféré sur l'euthanasie, un élargissement des critères, incluant l'euthanasie pour des motifs psychiatriques a systématiquement été observé.
De plus, le projet prévoit que l'euthanasie-suicide assisté puisse être réalisée par un tiers, autre que le patient ou un soignant . Cependant, la question des répercussions sur la santé mentale de ce tiers impliqué dans le processus n'est pas abordée. Il est tout à fait envisageable que cela favorise l'émergence de traumatismes ou de troubles anxio-dépressifs chez cette personne par la suite. Cela est un autre point qui entre en contradiction avec les déclarations du Premier ministre concernant la santé mentale. (Emilie Olie, DES)
Effet Werther :
Le Dr D. Phillips a fait état de la corrélation entre la médiatisation d’un suicide et les suicides par mimétisme qui s’ensuivent. Il s’est notamment appuyé sur les conséquences de la publication du livre Les souffrances du jeune Werther (Die Leiden des jungen Wherter’s de Goethe) où le héros se suicide par dépit amoureux. D’autres études auront lieu (notamment en intégrant le media télévisé) mettant en évidence une corrélation d’autant plus forte augmentation lorsque la médiatisation est plus forte.
Cette corrélation connue explique les réticences aux diffusions sur les réseaux sociaux, le public potentiellement visé étant alors les jeunes.
➜ 2023 : Direction générale de la santé : stratégie nationale de prévention du suicide10 000 décès et 200 000 tentatives de suicide par an (28 décès par jour)
Taux de suicide français:• l’un des plus élevés d’Europe : 13,4 suicides pour 100 000 habitants• moyenne européenne : 10,2 pour 100 000 habitants• 400 suicides d’adolescents français par an
Documentation
PPL 661 (2025)
F. Vialla : Le suicide de l'Antiquité au XXIe siècle (Ss la dir. F. Vialla,, P. Vielfaure, S. Joly, LEH 2022)
F. Chastang et C. Omnes : Va-t-on légaliser la mort provoquée ? La psychiatrie face au risque de l'euthanasie et du suicide assisté (Fondapol, 15 oct. 2025)
OFJ Suisse
Effet Werther : David P. Phillips (dir.), D.J. Faight et K. Lesyna, Assessement and Prediction of Suicide : Suicide and the media, New York, Guilford Press, 1992
Collectif DES:
- Fr. Chastang, R.Gourévitch, E. : Aide à mourir et suicide : est-ce compatible ? (video : collectif DES)
- E. Olié, R. Gourévitch : La souffrance pathologique, jamais absente dans une demande d'aide à mourir (in Fins de la vie, les devoirs d'une démocratie, Coll. DES, ss la dir. E. Hirsch, Cerf, 2025, p. 351)
- A. Hayek : Suicide/suicide assisté des enfants et des adolescents (in Fins de la vie, les devoirs d'une démocratie, Coll. DES, ss la dir. E. Hirsch, Cerf, 2025, p. 363)
Observatoire national du suicide
- « Suicide : mal-être croissant des jeunes femmes et fin de vie - Penser les conduites suicidaires aux prismes de l’âge et du genre », 6e rapport 2025
- DREES
F. Vialla, S. Joly et P. Vielfaure : Le suicide de l'Antiquité au XXIe siècle (LEH 2022)
