Serment d’Hippocrate

Le serment d’Hippocrate est-il compatible avec la mort provoquée ?
G
lossaire
Dernière mise à jour : 11/28/2025
Hippocrate est un médecin grec (460-377 av. JC) à l’origine du serment prononcé par les futurs médecins.
Serment :
- Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. (…)
- Sans valeur juridique particulière, le serment d’Hippocrate est considéré comme l'un des textes fondateurs de la déontologie médicale par l’Ordre des médecins. Le futur médecin, avant de commencer à exercer la médecine, jure de le respecter.
- (…) Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. (…)
- L’esprit de cet engagement du serment d’Hippocrate est repris dans le Code de la Santé Publique à l’article R4127-38 :
- « Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage.
- Il n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort. »
La grande majorité des soignants s’inscrit dans la continuité de cet état d’esprit et considère que « donner la mort n’est pas un soin ».
Vouloir mourir : une réaction humaine
Je ferai tout pour soulager les souffrances.
Je ne prolongerai pas abusivement les agonies.
Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
Même si le serment a été modifié avec le temps, cette formule révèle que le soignant peut être confronté à une demande de mort depuis longtemps, peut-être depuis les origines du serment, mais qu'en aucune façon son rôle ne consiste à y répondre en administrant la mort.
C'est révéler aussi que les hommes ont presque toujours "voulu mourir" dans des situations graves ou lourdes.
Vouloir mourir ne fait pas l'objet de jugement. C'est un constat qui appelle, en humanité, une réponse et des questionnements (pourquoi veux-tu mourir ?)... En soins palliatifs la question peut apparaître mais la réponse sera souvent :
- Pourquoi me demandes-tu à cet instant à mourir ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Y a-t-il quelque chose que je pourrais faire pour toi ?
L'expérience des soignants anoutit à l'abandon quasi-systématique des demandes une fois que la perosnne a pu exprimer le mal être, celui étant le plus souvent gérable par les équipes de soins palliatifs.
Faire mourir : une idéologie
Tout autre est le principe d'une mort provoquée institutionnalisée. Faire mourir et mourir sont alors présentés comme une liberté ultime à conquérir, une autonomie exacerbée émerge et induit aussi l'abdication par le soignant de son pacte de non-abandon.
Le rôle n'est plus alors de soigner mais "d'administrer un droit".
Le médecin n'est plus un soignant prenant soin du malade, il devient le maître de la vie et de la mort.
Paradoxalement, on le voit, l'apologie du "droit à mourir" présenté comme le paroxysme de la liberté, plonge l'individu dans un état de soumission au médecin.
L'idéologie entrâine rapidement dans son sillage des dérives eugénistes à partir d'un raisonnement basique : "si j'étais toi je rpéférerais mourir". Pressions sociales et sentiment de puissance peuvent avoir des conséquences gravissimes.
L’Académie de médecine, dans un rapport de juin 2023, a pris position contre l’euthanasie. L’avis est potentiellement ouvert au suicide assisté, mais le vote fait état de 60 voix pour, 24 contre et 10 abstentions, ce qui conduit à près de 40% de membres non favorables à la position retenue.
CNOM (2023)
- L’Ordre est défavorable à toute possibilité de mettre en place une procédure d’aide active à mourir pour les mineurs et les personnes hors d’état de manifester leur volonté.
Fin de vie et rôle du médecin dans le cadre d'une aide active à mourir:
- L’Ordre des médecins estime impératif de permettre une meilleure application de la loi Claeys Leonetti, et nécessaire de se doter de tous les moyens qui permettraient à la loi d’être pleinement effective : rendre efficients les dispositifs dans les établissements médicaux, médico-sociaux et à domicile sur l’ensemble du territoire, faciliter l’accompagnement médical et médico-social du patient en fin de vie et de sa famille, favoriser la formation des professionnels de santé et des paramédicaux, libérer du temps pour les médecins traitants pour l’accompagnement de leurs patients, promouvoir une meilleure connaissance des médecins sur la prise en charge des patients en fin de vie. A cet effet, l’Ordre des médecins contribuera au développement des soins palliatifs et d’accompagnement, et de la connaissance de la réglementation actuelle.
Le CNOM poursuit en émettant des réserves, suggestions ou demandes en cas de légalisation d’une aide active à mourir (euthanasie et/ou suicide assisté) :
- L’Ordre des médecins entend faire valoir dès à présent qu’il sera défavorable à la participation d’un médecin à un processus qui mènerait à une euthanasie, le médecin ne pouvant provoquer délibérément la mort par l’administration d’un produit létal.
Documentation
CNOM 1 avr. 2023 : fin de vie et rôle du médecin
Académie de médecine : Rapport 27 juin 2023, « Favoriser une fin de vie digne et apaisée : Répondre à la souffrance inhumaine et protéger les personnes les plus vulnérables »
Institution médicale en faveur de l’assistance au suicide (L’Express, T. Barnaud avec AFP 17 juill. 2023)
« Donner la mort n’est pas un soin », treize organisations, représentant 800 000 soignants se positionnent dans un avis éthique
Serment non obstacle (ADMD)
