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Religions

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Les religions préconisent-t-elles de souffrir plutôt que de soulager une agonie ?

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lossaire

Dernière mise à jour : 10/16/2025

Dans la Grèce archaïque, dominée par la noblesse (guerrière), une des valeurs promues par ce groupe social était l'effort (agone). Ce qui a donné agonie : l'effort de la vie contre la mort

 

Christianisme (Catholicisme)

Sur l’euthanasie, dans un contexte historique lourd (1940), le pape Pie XII s’est prononcé sans ambiguïté, en pleine opération T4 nazie, contre l’euthanasie eugéniste des handicapés psychiques et physiques.

 

Le Catéchisme de l’Eglise catholique exprime être favorable au traitement à double effet (un traitement est administré pour soulager la souffrance au risque d’accélérer la mort (art. L. 1110-5 CSP)). Lutter contre la douleur, administrer des analgésiques : ces pratiques sont encouragées sous réserve de ne jamais porter atteinte à la vie.

 

En 2020, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié la lettre Samaritanus Bonus « Sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie ». Reprenant Iura et Bona (Document de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 5 mai 1980 sur l’euthanasie), cette lettre élargit le propos à la question globale de la maladie grave et de la fin de vie.

 

Catéchisme de l’Eglise catholique :

 

  • L’euthanasie

2276 Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible.

2277 Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable.

Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure.

2278 La cessation de procédures médicales onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus peut être légitime. C’est le refus de " l’acharnement thérapeutique ". On ne veut pas ainsi donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l’empêcher. Les décisions doivent être prises par le patient s’il en a la compétence et la capacité, ou sinon par les ayant droit légaux, en respectant toujours la volonté, raisonnable et les intérêts légitimes du patient.

2279 Même si la mort est considérée comme imminente, les soins ordinairement dus à une personne malade ne peuvent être légitimement interrompus. L’usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d’abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n’est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être encouragés.

 

  • Le suicide

2280 Chacun est responsable de sa vie devant Dieu qui la lui a donnée. C’est Lui qui en reste le souverain Maître. Nous sommes tenus de la recevoir avec reconnaissance et de la préserver pour son honneur et le salut de nos âmes. Nous sommes les intendants et non les propriétaires de la vie que Dieu nous a confiée. Nous n’en disposons pas.

2281 Le suicide contredit l’inclination naturelle de l’être humain à conserver et à perpétuer sa vie. Il est gravement contraire au juste amour de soi. Il offense également l’amour du prochain, parce qu’il brise injustement les liens de solidarité avec les sociétés familiale, nationale et humaine à l’égard desquelles nous demeurons obligés. Le suicide est contraire à l’amour du Dieu vivant.

2282 S’il est commis dans l’intention de servir d’exemple, notamment pour les jeunes, le suicide prend encore la gravité d’un scandale. La coopération volontaire au suicide est contraire à la loi morale.

Des troubles psychiques graves, l’angoisse ou la crainte grave de l’épreuve, de la souffrance ou de la torture peuvent diminuer la responsabilité du suicidaire.

2283 On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager par les voies que lui seul connaît, l’occasion d’une salutaire repentance. L’Église prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie.

 

La Conférence des évêques de France a proposé en juin 2023 un formulaire de directives anticipées spécifique aux personnes de confession catholique.

 

Pape François (2022) : « Nous devons accompagner les personnes jusqu’à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser le suicide assisté ».

Lors d’une méditation sur la mort, en février 2022, le pape François a fermement rappelé l’opposition morale de l’Église catholique à l’euthanasie et au suicide assisté.

 

Islam

La vie est considérée comme sacrée, il s’agit d’un don de Dieu qui seul peut la retirer. Euthanasie et suicide assisté sont totalement prohibés. Le médecin est tenu de soigner son patient, ce qui implique des soins curatifs comme palliatifs. L’acharnement thérapeutique est à écarter.

« Accompagner et soulager toujours. Soigner et guérir si possible. (…) Accompagner sans acharnement si la maladie est au-delà des ressources thérapeutiques connues. La vie humaine est sacrée. Elle est donnée par Dieu. Il n’y a que lui qui peut la reprendre »

(Dr Alaeddin Nassimi, pédiatre et Boubaker El Hadj Amor, Imam de la Mosquée de Poitiers).

On sera puni en enfer de la façon dont on se sera suicidé. Se soigner est obligatoire car Allah n’a pas créé de maladie sans prévoir le remède correspondant. En revanche, on se soigne comme on veut. (O. Hanne, oct. 2024).

 

Judaîsme

Le judaïsme n’est pas non plus favorable à l’euthanasie. Le respect de la vie est essentiel, la mort ne peut être administrer à autrui, c’est être un meurtrier. Enfin, il n’est pas dans les missions du médecin de « donner » la mort.

« L’euthanasie interroge deux valeurs juives. D’une part la souffrance humaine, d’autre part le respect de la vie. Qu’est-ce qui l’emporte ? La loi donne la primauté à la vie, son caractère est sacré et absolu pour le judaïsme. Dans le Lévitique 18-5, il est écrit à propos des commandements de la torah « et tu vivras par eux ». Si un commandement devait aboutir à la mort, il ne faut pas obéir à ce commandement. Toute la torah s’efface face à la vie. Dieu lui-même se met en retrait face à notre vie. Dans le Psaume 118 verset 18, « Dieu m’a fait souffrir, mais au moins il ne m’a pas livré à la mort ». Pour le roi David il vaut mieux souffrir que de mourir. Un instant de vie a une valeur suprême.

La vie momentanée est indépendante de la qualité de vie. Rien ne nous permet de mesurer le prix de la vie dont la valeur est inquantifiable. La qualité de vie est indépendante de la valeur de la vie. Attenter à un instant de vie c’est devenir un meurtrier. Dans le traité Shabbat du Talmud page 151B, il est dit « Celui qui ferme les yeux d’un agonisant est un meurtrier, c’est comme une bougie en train de s’éteindre, si un homme met le doigt dessus, elle s’éteint aussitôt ». Cet interdit de l’euthanasie existe même si le malade donne l’autorisation au médecin de pratiquer l’euthanasie. Dans le judaïsme, il n’y a aucune différence entre une personne qui se suicide et une personne qui donne à une autre personne l’autorisation de la tuer. La vie ne nous appartient pas. Ni au malade, ni au médecin. C’est donc interdit pour le malade comme pour le médecin juif. (…)

 

Pour conclure, le Talmud dans le traité Berakhot 60A nous dit : « Dieu a donné la permission aux médecins de guérir, mais de donner la mort consciemment à un malade ne fait plus partie du cadre de la mission d’un médecin ». Dans la difficile confrontation entre le souci d’atténuer la souffrance et l’interdit de supprimer la vie, la primauté doit être accordée à la vie sur la souffrance. Si le judaïsme s’oppose à l’euthanasie, il réprouve également l’acharnement thérapeutique dans des situations précises en donnant le droit à une euthanasie passive » (Rabbin Itzhak Benhamou).

Documentation

Aumonier N., Beignier B., et Letellier Ph., « Chapitre V - Le point de vue des autorités religieuses et morales », éd., L'euthanasie. Presses Universitaires de France, 2017, pp. 46-57.

 

Orthodoxie

 

Catholicisme :

  • Décret du Saint-Office du 27 novembre (2 décembre) 1940
  • Iura et Bona (Document de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 5 mai 1980 sur l’euthanasie)
  • Samaritanus Bonus
  • Catéchisme de l’Église catholique (Éd. Mame-Plon 1992)
  • Directives anticipées par la conférence des évêques de France
  • Guide de la conférence des évêques de France
  • L'euthanasie, une religion d’État qui ne dit pas son nom (Père Laurent Stalla-Bourdillon)

 

Islam

  • Mahmoud Abbasi : L'euthanasie en droit musulman, Journal International de Bioéthique 2007/3 (Vol. 18), p. 103 :
  • Alaeddin Nassimi, Boubaker El Hadj Amor : La fin de vie, point de vue musulman. Revue de Bioéthique de Nouvelle-Aquitaine, 2019, Regards croisés sur la fin de vie, 3, pp.46-50. ffhal-02987258
  • Olivier HANNE, L’euthanasie dans le monde musulman, principes traditionnels et enjeux actuels (in colloque Laval : Euthanasie, Droit et Religion(s), 18 oct. 2024)

 

Judaïsme

  • La médecine et le judaïsme face à l’euthanasie, Rabbin Itzhak Benhamou, Dr Fabrice Lorin, Dr Simon Benamran :
  • Gugenheim Grand Rabbin Ernest [1982], Les Portes de la loi, Paris, Albin Michel, p. 246-255.
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