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« Donner la mort »

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Peut-on vraiment parler de « donner » la mort ?

G

lossaire

Dernière mise à jour : 10/10/2025

On ne « donne » pas la mort, elle peut être tout au plus provoquée.

 

« Le soin par la mort donnée n’est ni un soin ni un don » (E. Hirsch, 10 déc. 2023)

La SFAP a porté le slogan : "Donner la mort n'est pas un soin". C'est considérer alors la question du côté des soignants, renvoyant notamment au serment d'Hippocrate ou plus généralement à l'éthique du soin. La main qui soigne ne peut être la main qui tue.

Entre l'Allemagne et les Pays-Bas, des personnes âgées choisissent parfois de traverser la frontière pour finir leur vie en Allemagne, sans avoir à craindre qu'un jour on ne les estime trop vieux et éligibles à une euthanasie.

 

Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux, « père » de l’abolition de la peine de mort était opposé à l’euthanasie. Il exprima fermement ce respect du droit de vie lors de son audition par la commission Leonetti en 2008 :

- « Le code pénal a une fonction expressive. Elle est à son plus haut niveau quand il s’agit de la vie et de la mort. Sur ce point je ne changerai jamais. Nul ne peut retirer la vie à autrui dans une démocratie » .

- « Le droit à la vie est le premier des droits de tout être humain. C’est le fondement contemporain de l’abolition de la peine de mort et je ne saurais en aucune manière me départir de ce principe ».

Son épouse Elizabeth Badinter dira en 2024 qu’il avait évolué et changé d’avis les années précédant sa mort.

 

Droit pénal

La formule de "donner la mort" est très problématique juridiquement. Elle renvoie tout aussi bien à la mort provoquée (euthanasie, suicide assisté, assistance au suicide) qu'au meurtre et à l'assassinat, crimes pénalement sanctionnés.

Porter atteinte à la vie d'autrui est prohibé dans toute civilisation. Vouloir dépénaliser cet interdit fondateur dans certaines circonstances constitue une rupture anthropologique majeure.

 

L'intention de soulager les souffrances ou douleurs d'autrui constitue un critère délicat. Le droit pénal repose sur 2 critères essentiels :

  • la matérialité (que disent les faits ?)
  • l'intentionnalité (que voulait l'auteur des faits ?)

 

Pour une mort provoquée, établir ce que voulait vraiment celui qui est mort ou celui qui a administré la mort sera nécessairement délicat : des personnes bien "intentionnées" peuvent

  • mal interpréter une situation,
  • passer à l'acte alors qu'il n'y avait qu'un appel au secours,
  • avoir aussi un intérêt au décès,
  • ne pas supporter la situation de l'autre...

 

L'altruisme bienfaiteur ou le mobile non-égoïste ne sont pas si simples à établir. Quant à l'Etat, n'a-t-il pas intérêt économiquement à permettre ces ouvertures ...?

Rien n'est simple, la mort provoquée ne peut être idéalisée.

Documentation

E. Hirsch 

R. Badinter : audition par la commission d’évaluation de la loi Leonetti en 2008.

Traversée de frontière entre Allemagne et Pays-Bas

 

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