Assistance au suicide

Quelles différences entre assistance au suicide et suicide assisté ?
G
lossaire
Dernière mise à jour : 10/20/2025
comparer avec : suicide assisté
Distinctions
L’euthanasie désigne le fait de provoquer la mort d’autrui. Face à la violence de l’acte, l’euphémisme « donner » la mort est souvent utilisé. La mort provoquée manifeste cependant clairement que le consentement d’autrui n’est pas nécessairement requis. La personne, qui n’est pas nécessairement un « patient », peut se trouver dans le coma, être sénile ou n’être qu’un bébé. Dans les pays qui ont dépénalisé l’euthanasie, c’est un médecin qui doit pratiquer l’injection mortelle. Dans les pays qui l’ont légalisée, elle touche aussi des personnes fragiles, seules, appauvries, influençables ou ayant perdu la conscience et, par conséquent, n’ayant plus leur liberté d’exprimer leur consentement au moment de l’acte.
Pour le suicide assité, un soignant, le plus souvent, installe un procédé que le patient déclenchera lui-même ensuite. L'une des difficultés tient à l'impossibilité pour le patient de "se" suicider lui-même. La technologie actuelle fait que presque toutes les personnes, quelles que soint leurs gênes physiques disposent de moyens pour "se" suicider.
Rappelons que suicide vient du latin : sui ceder : tuer soi... "se" suicider constitue déjà presque un pléonasme.
Pour l’assistance au suicide, une personne s’administre une substance fournie par un tiers. C’est notamment le cas lorsqu’il y a eu prescription médicale permettant de se procurer la substance létale. Le soignant est dissocié du geste létal, les étapes sont cloisonnées. Mais la personne peut se retrouver seule pour le « passage à l’acte » et à défaut de passer à l‘acte (50 % des cas en Oregon), des substances mortelles se retrouveront « dans la nature » sans contrôle…
Suisse et Oregon sont les pays les plus représentatifs de l'assistance au suicide.
Les conditions d’éligibilité à la prescription (qui y a droit ?) doivent être clairement formulées et, nécessairement, tous ne seront pas éligibles. Dans l’affaire Alda Gross c/ Suisse, une femme ne voulant pas vieillir à 70 ans a reproché que les médecins refusent de lui prescrire une ordonnance de pentobarbital sodique.
L’assistance au suicide peut être le prélude à l’admission du suicide assisté.
Le suicide assisté concerne une personne qui n’est pas en mesure de se suicider : un tiers met en place un système (perfusion…) que la personne déclenchera elle-même.
Le médecin n’a qu’un rôle d’expert et de prescripteur : il doit vérifier le respect des conditions légales et faire la prescription du produit mortel.
Le suicide assisté est souvent demandé par des personnes parfaitement en mesure de se suicider mais ne souhaitant pas le faire elle-même. Elles imposent alors à un soignant de pratiquer un geste lourd psychologiquement ; geste qu’elles ne veulent d’ailleurs pas accomplir.
Les demandeurs sont le plus souvent des personnes maîtresses d’elles-mêmes et déterminées.
Les frontières entre les trois sont délicates. Les mêmes difficultés se posaient lorsque l’on tentait de poser une distinction entre euthanasie passive et euthanasie active.
Le consentement à l’euthanasie peut s’avérer problématique dans son recueil, sa persistance, sa réitération, l’influence de tiers (proches, soignants…), la vérification du caractère libre et éclairé du consentement peut être sujette à caution…).
Lorsque l’on « débranche » le respirateur d’une personne qui ne peut respirer de façon autonome, s’agit-il d’euthanasie active ou « passive » (v. ces mots) ? S’agit-il de suicide assisté ou d’euthanasie ? Lorsqu’une personne tremble trop pour pouvoir activer le dispositif de suicide assisté qui lui a été installé et qu’il faut l’aider physiquement à effectuer le geste (main guidée), s’agit-il encore de suicide assisté ?
Légaliser un suicide (assisté ou une assistance) est peu cohérent quand le gouvernement, en même temps, lutte contre le suicide.
Documentation
La mort provoquée, ss la dir. d’A. Boulanger : Regards croisés sur le projet d'aide active à mourir, V. Depadt et A. Cheynet de Beaupré, Mare et Martin 2024, p. 155 s.
CCNE, Avis n° 121, p. 43
Alda Gross c/ Suisse :
A. Cheynet de Beaupré La vieille femme et la mort : Le soleil vert de la CEDH se lève-t-il sur un droit au suicide assisté ? (CEDH, 14 mai 2013, Gross c/ Suisse) (RJPF 2013, n°9 sélection du mois, p. 14)
